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Paradoxalement, le crowdfunding sous-utilise le potentiel de la foule


Le baromètre annuel du crowdfunding récemment publié par Financement Participatif France indique une année record en 2019 avec une progression de 56 % de la collecte de fonds. Ce dispositif permet à des porteurs de projets de réunir des financements par le biais d’une plate-forme digitale auprès d’un ensemble de contributeurs.

Le crowdfunding est devenu en l’espace de quelques années une forme à part entière de finance populaire. Mais la crise sanitaire de 2020 risque cependant d’engendrer une baisse conjoncturelle de ce type d’investissement à l’instar des tendances de l’économie dans son ensemble.

Baromètre annuel du crowdfunding en France.
Réalisé par Mazars pour Financement Participatif France

En effet, dans ce contexte économique impliquant un vivier potentiellement limité de financeurs, se pose la question des moyens à mettre en œuvre afin de mobiliser davantage, et de façon plus optimale, les investisseurs existants. Il s’agit également de s’interroger sur la manière d’élargir ce vivier à de nouveaux contributeurs.

L’information au cœur du dispositif

Les projets entrepreneuriaux à financer en ligne restent caractérisés par une grande incertitude, encore accentuée par un manque d’informations disponibles notamment sur les plates-formes de crowdfunding. Or, la qualité et la disponibilité de ces informations constituent des outils indispensables à la décision d’investissement.

Notre étude menée sur six plates-formes d’equity crowdfunding (financement participatif par titres) a permis d’identifier et de mesurer, sur les projets proposés en financement, l’accès aux informations par toutes les parties prenantes (porteur de projet, investisseurs, plate-forme).

À mesure que l’incertitude sur les projets augmente, un comportement grégaire peut se développer selon lequel les acteurs se réfèrent aux comportements des autres afin d’interpréter les informations jugées pertinentes et d’en déduire les chances de performance des projets.

Paradoxalement, l’étude démontre une sous-utilisation du potentiel de création d’informations par la foule d’investisseurs malgré l’image collaborative largement véhiculée au sujet du financement participatif.

Si la plate-forme et le porteur de projet restent les principaux fournisseurs d’informations, la foule pourrait être contributrice au niveau informationnel au-delà de la seule logique financière.

Pour ce faire, elle devrait être en mesure de mobiliser toutes les formes d’interactions proposées sur les plates-formes (témoignages, questions, commentaires…) et cela à destination des trois parties prenantes.

Ces interactions se révéleront d’autant plus qualitatives que les membres de la foule seront identifiés (nom, fonction, qualité d’investisseur ou non) permettant ainsi de valider l’expertise de l’auteur de l’information.

Pourtant, là encore, les plates-formes sont peu nombreuses à utiliser ce levier et ne le réservent qu’à un type de profil d’investisseurs premium se rapprochant d’une logique de club observée dans la finance traditionnelle.

Capitaliser sur la valeur de la foule

Assiste-t-on à une prise de conscience des plates-formes quant au potentiel de la foule ? En effet, au-delà des informations produites et disponibles en ligne, les interactions entre parties prenantes semblent commencer à être valorisées, à l’instar de la multiplication des sessions d’échanges en direct avec les porteurs de projets proposées par la plate-forme WiSEED et désormais par Wedogood.

Les « live » et « good pitch » permettent à tout investisseur, sans authentification complète préalable, d’interagir avec les porteurs de projet dans le cadre de ces sessions en visioconférence.

Capture d’écran du site de WiSEED proposant de participer aux rencontres avec les investisseurs (Live).
Site Internet

Chez WiSEED, la pratique de sessions régulières s’est installée, mais celles-ci restent néanmoins largement modérées par la plate-forme. Les internautes n’ont pas la possibilité d’interagir directement. Ils sont contraints de poser leurs questions sur un module de questions/réponses filtré par le modérateur avant d’apparaître sur le fil de questions.

Cet outil de communication médiatisé par ordinateur à sens unique restreint la contribution informationnelle de chacun. Par ailleurs, les participants n’étant pas identifiés, ni dans leur genre ni dans leur nombre, la qualité de leur expertise et la pertinence de leurs questions ne peuvent être vérifiées.

La première session organisée par Wedogood autour de trois campagnes de levées de fonds a eu lieu le 16 juin réunissant 27 de participants, dont 21 investisseurs potentiels. Elle a donné lieu à une vingtaine d’interactions à l’initiative non seulement de six investisseurs, mais aussi de la modératrice de la plate-forme.

Capture d’écran du site d’organisation d’évènements Eventbrite qui permettait d’accéder à la session de « Good pitch » de la plate-forme Wedogood le 16 juin dernier.
Site

Même si aucun des contributeurs n’a utilisé la possibilité qui lui était offerte de poser directement les questions par son micro, cette fonctionnalité complétait le chat en ligne visible de tous.

À travers cette expérience, la plate-forme joue pleinement le jeu de l’économie collaborative sans aller jusqu’à permettre de mesurer le niveau d’expertise des participants pourtant identifié comme un facteur déterminant dans la décision d’investissement.

De l’image idéalisée de départ du tout collaboratif à la réalité constatée d’un retour à une logique traditionnelle de réseaux privilégiés, le balancier semble ainsi trouver un premier équilibre sans pour autant encore exploiter de façon optimale le potentiel des interactions au sein de la foule. À l’heure de l’or noir de la donnée, les plates-formes possèdent un gisement encore sous-exploité, celui de la foule.



Laurence Attuel-Mendes, Enseignant-chercheur en droit et financement participatif, Burgundy School of Business

Cet article est republié à partir de The Conversation sous licence Creative Commons.

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